L'actualité médicale, chirurgicale et de prévention par l'information.Pour tout savoir sur la santé et le bien-être de la legislation au progres medicale

Anorexie mentale : une journée de sensibilisation des professionnels de santé au CHU de Bicêtre

mercredi 11 avril 2007


Sensibiliser les professionnels de santé et en particulier les médecins de première ligne (généralistes, pédiatres, médecins scolaires) à l'anorexie mentale chez les adolescents, tel était l'objectif de la journée organisée par le CHU Bicêtre (Le Kremlin-Bicêtre, Val-de-Marne) la semaine dernière à la faculté de médecine de Paris XI, a expliqué le Dr Patrick Alvin à l'APM.

"Je me suis levée un matin et j'ai décidé de maigrir ; plus d'huile, plus de beurre, plus de pain, plus de pâtes, plus de sucres, plus de plaisir, plus de vie" raconte Déborah, une patiente de douze ans quelques mois après son début d'anorexie, dans un témoignage écrit diffusé à l'occasion de cette journée de formation.

La première journée sur les anorexies mentales organisée par le Dr Patrick Alvin, pédiatre, chef du service de médecine pour adolescents du CHU Bicêtre, visait à sensibiliser les médecins et les soignants à cette pathologie qui touche un nombre croissant d'adolescents mais reste souvent mal connue. Le programme de cette manifestation, qui a réuni 280 personnes, incluait des interventions de spécialistes de son équipe (pédiatres, médecins d'adolescents, infirmières, pédopsychiatre de liaison) ainsi que des témoignages de patients et d'anciens patients en direct et sous forme de projection de films élaborés spécialement pour cette occasion.

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) concernent 10 à 15% des adolescents et l'anorexie mentale restrictive 0,5 à 1% d'entre eux. Les adolescents souffrant de cette pathologie exercent un contrôle permanent sur leur alimentation, à l'inverse des anorexiques boulimiques qui alternent restriction et prise excessive d'aliments. L'anorexie mentale restrictive, définie par une perte de poids de quinze à trente kilogrammes généralement accompagnée d'un arrêt des règles chez les filles, présente des similarités avec la souffrance des toxicomanes, selon le Dr Patrick Alvin. "Les adolescents s'aventurent dans une voie dangereuse, ils ont conscience du risque pour leur santé mais continuent de s'y accrocher", explique-t-il.

Le service de médecine pour adolescents du CHU de Bicêtre, pionnier et unique en France a été fondé en 1982. Il prend en charge les adolescents âgés de treize à 19 ans souffrant de diverses maladies chroniques (diabète, épilepsie, sida, TCA) ainsi que des adolescents suicidants. Il possède quinze lits d'hospitalisation et reçoit environ 450 patients par an. "Les troubles du comportement alimentaire représentent 27% des motifs de consultations médicales du service et 14% des hospitalisations, pour la plupart des filles souffrant d'anorexie mentale restrictive", explique le Dr Patrick Alvin. L'équipe est pluridisciplinaire (pédiatres, infirmiers, psychologue, assistante sociale, gynécologue, animatrice, enseignante spécialisée) et expérimentée.

Une prise en charge globale

Alors que la prise en charge traditionnelle de l'anorexie mentale repose sur une prise en charge psychiatrique ou une psychothérapie, celle proposée par les spécialistes de la médecine de l'adolescence du service du CHU Bicêtre, repose sur une approche globale et ne fait pas systématiquement appel à des psychiatres. "Ces patients présentent des symptômes très enfouis et opposent souvent une résistance à un suivi psychologique au sens classique", justifie le Dr Patrick Alvin.

Le service de médecine pour adolescents répond aux besoins de suivi ambulatoire à long terme, aux urgences nutritionnelles aiguës et aux indications d'hospitalisation sous contrat. Les médecins d'adolescents, généralement pédiatres de formation, sont des omnipraticiens compétents pour soigner un patient diabétique, écouter la famille, connaître les besoins et difficultés des adolescents et conduire des entretiens avec des suicidants. " Ils bénéficient de ce que j'appelle le 'milieu thérapeutique', que ce soit en consultation qu'en hospitalisation ", précise le chef de service.

Concrètement, la prise en charge se fonde sur des entretiens médicaux longs avec les parents et les adolescents afin de les informer de leur pathologie, suivis d'une prise en charge nutritionnelle et d'un suivi psychologique ponctuel. "Lorsque nous détectons un problème d'ordre psychologique durable, individuel ou familial, nous pouvons adresser l'adolescent ou ses parents aux spécialistes de la santé mentale. Nous travaillons ainsi sur place avec un psychiatre de liaison et un thérapeute familial. Nous disposons également d'un groupe mensuel pour des parents d'anorexiques", précise le Dr Patrick Alvin.

En 2005, 133 patients souffrant d'un TCA dont 115 souffrant d'anorexie mentale (86 restrictives et 29 avec vomissements/boulimie) ont été pris en charge dans le service du CHU de Bicêtre. Parmi les 44 adolescents (dont 39 filles) souffrant d'une anorexie restrictive dont le suivi s'est achevé en septembre 2006, 48% ont été considérés comme guéris. "Néanmoins, ces pathologies étant assimilées à des maladies chroniques, la guérison ne garantit pas l'absence de rechute à long terme", tempère le Pr Alvin.

(apm sante)

0 commentaires:

 
Santé mag © 2008. Templates Novo Blogger