Depuis dix ans, la recherche piétinait. Nouvel espoir cette année : découvertes génétiques, reprise des essais de vaccination, nouveaux médicaments...
Le professeur Bruno Dubois, neurologue à la Pitié-Salpêtrière à Paris, chef de file des chercheurs français, parle « de progrès considérables » accomplis dans la compréhension de cette maladie du cerveau qui finit par étouffer les neurones.
D'abord un rappel. Deux phénomènes sont à l'oeuvre dans la maladie d'Alzheimer. Les spécialistes parlent d'une « cascade biologique ». La production excessive d'une protéine, l'amyloïde, provoque l'apparition de plaques dites séniles sur le cortex. Puis, au sein même des neurones, se forment des lésions avec des agrégats de filaments qui finissent par les étouffer. Aujourd'hui les progrès des chercheurs portent à la fois sur un diagnostic plus précoce de la maladie, sur de nouveaux traitements, et une meilleure connaissance des gènes impliqués.
Un diagnostic moins tardif. Bruno Dubois le considère comme « un enjeu majeur ». Actuellement, la maladie est détectée beaucoup trop tard pour que les médicaments actuels, et surtout les futurs traitements, puissent agir efficacement sur les lésions du cerveau. De nouveaux tests de mémoire, très simples, utilisables par les médecins généralistes, sont au point. Quant aux neurologues, ils disposent de deux nouveaux outils. Un logiciel de traitement des images, testé au CHU de Caen notamment, peut détecter très tôt une atrophie de l'hippocampe, la partie du cerveau touchée en premier par la maladie. Et puis, grâce à une simple prise de sang, on peut aujourd'hui déceler des marqueurs biologiques, les signatures de l'Alzheimer.
De nouveaux médicaments. À la conférence internationale de Chicago, cet été, il a fait sensation. Le Rember, un médicament anglais, testé sur 321 patients, a été capable de dissoudre les filaments qui étouffent les neurones. Toutefois, prudence, ces résultats demandent à être confirmés, explique Luc Buée, directeur de recherche au CNRS. « Il semble très prometteur, mais nous attendons la publication scientifique. Certaines annonces relèvent parfois de l'intox. » Une autre molécule en provenance de Russie, baptisée Dimebon, fait également parler d'elle. Son fabricant vient d'être racheté par le puissant groupe Pfizer.
La vaccination. Les essais, abandonnés en 2001, reprennent. Ils avaient été stoppés parce que l'injection provoquait chez des patients une inflammation de l'enveloppe du cerveau. Mais ses effets étaient indéniables : le malade fabriquait des anticorps attaquant les plaques séniles. Une nouvelle variante du vaccin a été mise au point. On injecte cette fois directement les anticorps, dit Bruno Dubois. Ce vaccin devrait être mieux supporté. Reste à vérifier son efficacité. Quatre essais débutent en France.
Génétique et régénérescence. Depuis 1993, un seul gène impliqué dans la maladie avait été caractérisé. Et puis, coup sur coup, raconte Jean-Charles Lambert de l'Institut Pasteur, deux nouveaux gènes ont été identifiés. « C'est une révolution. Tous les gènes impliqués pourraient être connus dans l'année. Ils nous ouvriront de nouvelles voies thérapeutiques. » Autre piste, plus lointaine, suivie par Pierre Marie Lleno, à l'institut Pasteur, celles des cellules souches du cerveau capables de le régénérer. En tout cas, affirme Luc Buée, le traitement de la maladie va changer. « Nous allons vers un système de polythérapies. »
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